En arrivant à St-Pol, une image a valeur de symbole : trois clochers gothiques dominent la campagne dartichauts et de choux-fleurs. La flèche de la chapelle du Kreisker et surtout celles de la cathédrale rappellent que la ville fut un évêché jusquà la Révolution. Les activités agricoles marquent depuis longtemps la vie quotidienne des habitants de la capitale de la " ceinture dorée. "
Attiré par les embruns, lestivant poursuit jusquaux plages. Surveillée par les CRS, celle de Ste-Anne est la plus fréquentée. Dotée de piscines deau de mer, dun radeau bien arrimé et dun plongeoir élevé, elle fait la joie des petits et des grands. Après le bain, quoi de plus agréable que de se sécher de lautre côté de la digue, à labri du vent ! Au bout de cette Groue, la Couëtte de Plume est un lieu de pique-nique convoité. Le long de la côte, le sentier de randonnée permet dadmirer le spectacle magique de la Manche capricieuse, de Roscoff à la pointe de Primel. En baie de Pempoul, dériveurs et planches à voile quittent le Centre nautique pour le large.
Les jours de grande marée, lestran de Trégondern semplit détonnants quêteurs. Armés dun seau, dun rateau et de sel fin, ils sen vont taquiner le couteau, la coque et le bigorneau. Saint-politaine de toujours, Madeleine a ses coins à palourdes, assez rares par ici. " Même sil faut marcher trente minutes les pieds dans la vase ! " précise-t-elle. Aux néophytes, elle explique la technique de la pêche au couteau, qui, trompé par une pincée de sel, sort de son trou en pensant que la marée remonte ! Sur le marché, les pêcheurs professionnels font aussi le bonheur de leurs clients en poisson frais et crevettes de la baie.
Rassasié de fruits de mer, le visiteur découvre le patrimoine de la cité léonarde. Au hasard des ruelles, il débusque dimposantes maisons de granit de tradition classique et une de bois, dinspiration médiévale. Rehaussées de lucarnes pittoresques, les façades sont parfois flanquées dune échauguette dangle et de gargouilles dignes de la science-fiction. A la Maison Prébendale, le gisant en pierre dun chevalier na plus de nez " tellement les jeunes filles lont transpercé daiguilles pour savoir si elles allaient se marier
" raconte Sterenn Guivarch, la jeune guide.
Construite du XIIIe au XVIe sur les vestiges dun édifice roman, la cathédrale témoigne de linfluence de lart normand sur larchitecture bretonne. Dans une chapelle, elle présente " lenfeu des crânes ", une vraie curiosité. Trente-cinq boîtes ajourées renferment des crânes de lancien cimetière ! Roi des clochers bretons avec ses 78 mètres de haut, le Kreisker a été érigé aux XIVe et XVe siècles et a servi de chapelle au Collège privé. Après avoir gravi ses 172 marches, les mains contre la balustrade de granit verdi et granuleux, les courageux aperçoivent par temps clair le quart de la campagne du Léon.
Car St-Pol demeure avant tout une terre de production légumière. Pour partager ce savoir-faire, vingt entreprises de maraîchage, dhorticulture et de recherche ouvrent leurs portes pendant lété. Lors de ces visites, loffice du tourisme précise que la ville et sa proche région cultivent une gamme de vingt-cinq légumes, exportés dans toute lEurope. Capitale de lartichaut et du chou-fleur français, St-Pol a également conquis le premier rang des centres horticoles de lhexagone, avec 30 millions de fleurs coupées. Précurseurs en France dans les modes de commercialisation des légumes, les Léonards ont crée dans les années 60 à St-Pol la SICA (Société dinitiative et de coopération agricole), aujourdhui le premier groupement français de producteurs de légumes et de fleurs. Sous le label " Prince de Bretagne ", il est même à lorigine dune route touristique et gastronomique menant de St-Malo à Brest.
Jacques Perrot