Avec la palette de charmes de sa station balnéaire, Roscoff a tout dune cité de caractère.
De la chapelle Sainte-Barbe, amer blanc pour les marins, Roscoff apparaît tel un joyau. Dans son port déchouage, les voiliers arborent leurs mâts avec, en arrière plan, les anciennes demeures de la ville en pierres de taille. Dans ses ruelles bordées de lucarnes classées, le visiteur pénètre le bruissement de lactivité locale.
Se baladant sur lestacade, où embarque le bateau pour lIle de Batz, le grand large lappelle. Le sifflement du vent dans les accastillages évoque le hululement doiseaux exotiques. On imagine la traversée des " Johnies ", ces jeunes cultivateurs qui partaient par centaines en Angleterre vendre leurs chapelets doignons rosés. Descendants de leurs goélettes, les ferries daujourdhui contribuent fortement à lessor de léconomie. Le long du port, Jeanne et Soazic partagent leurs souvenirs, elles qui ont travaillé plus de vingt ans sur ces gros navires.
Survolant de leurs cris les vieilles bâtisses, mouettes et goélands semblent protéger la ville. Comme pour les encourager, Agnès et Michel leur lancent une collection de pains rassis. Dessinant une chorégraphie, les oiseaux de mer viennent presque dans leurs mains attraper goulûment ces quignons. Venant de Lyon chaque année, ces " amoureux profonds de la Bretagne " décernent sans hésiter à Roscoff le titre " dendroit le plus beau du monde ". A la recherche de sensations fortes, ils y apprécient plus que tout " les jours de tempêtes et de gros temps ".
Dautres choisissent des cures plus tranquilles en thalassothérapie. Face à la mer, Rochroum est le premier centre du genre créé en France, à la fin du XIXe. A la carte, les séjours vont dorénavant dun après-midi à plusieurs semaines. Il faut dire quavec 800 types dalgues, la baie roscovite est la région la plus concentrée de la planète en végétaux marins. Pour tout connaître de leurs richesses, le Centre de découverte des algues ouvre ses portes.
Près de là, une centaine de scientifiques pratiquent la recherche fondamentale à la station de biologie marine du CNRS. Le curieux apprend leur toute dernière découverte : le sang dun ver marin peut se substituer à celui de lhomme ! Dans un bâtiment vétuste à lodeur de mer, les bacs deau salée contiennent homards, oursins et étoiles de mer chatoyantes. Mais il est interdit dy plonger le doigt, au risque de dénaturer les expériences des jeunes étudiants de la station.
Pour se tremper, et pas que la main, les estivants choisissent leur plage en fonction du vent : Perharidy sil vient de lest et Traon-Hir sil est doccident. Sur la promenade, les rues sont progressivement refaites avec de beaux trottoirs, les fils électriques enfouis sous terre et les panneaux " découverte du patrimoine " se multiplient. Grâce à ces travaux, Philippe Leroy, directeur de loffice de tourisme, espère que la ville obtiendra prochainement le label " cité de caractère ".
Dans léglise entièrement restaurée en 2001, la musique sacrée invite au recueillement les auditeurs en tee-shirts marins. Sous sa voûte en coquille de bateau renversé, le concert classique du soir rencontre un vif succès. Alentour, les terrasses des cafés et crêperies ne désemplissent pas jusquà une heure avancée. Les nuits animées de Roscoff attirent, elles aussi !
Jacques Perrot
Les korrigans sont gourmets !
Pour se délecter en admirant le coucher du soleil sur le vieux port, rien de tel quun détour par la mythologie bretonne ! Pour entrer " Aux korrigans ", il faut passer une porte à laffiche colorée de Breizh Cola. Les hôtes de ce lieu, François et Isabelle Abjean, ont ouvert leur crêperie-restaurant il y a déjà seize ans alors quils en avaient seulement quarante à eux deux ! Mais la valeur nattend pas le nombre des années et leur établissement est mentionné dans les guides du Routard et Pudlo. Depuis 2002, ils ont même rejoint deux grands noms de Roscoff dans les pages du Hachette. Mais pour eux, gastronomie continue de rimer avec modestie personnelle.
En cuisine, François adore travailler le poisson, très frais, quil désarête en filet. Pour accompagner le lieu jaune du jour, le chef-cuistot sait également mettre en valeur les produits locaux : échalote, oignons, courgettes proviennent de la campagne roscovite. En salle, Isabelle rend lambiance chaleureuse et conviviale. Les habitués ne sy trompent pas, comme cet homme aux cheveux blancs pour qui " la galette de sarrasin aux noix de St-Jacques est la meilleure de la région ".
J.P.