RMI
Repartir vers linsertion maximum
Aujourdhui en France, 1,4 million de personnes sont bénéficiaires du RMI. En Finistère, la « barre » des 14 000 allocataires a été franchie à lautomne dernier. Gestionnaire du dispositif depuis 2004, le Conseil général met laccent sur le «i» de linsertion, quelle soit économique ou sociale.
Curieux paradoxe que celui qui voit depuis des mois en France, à lexception du mois de janvier, les chiffres du chômage fondre régulièrement
à mesure que le nombre de bénéficiaires du RMI savère toujours plus fort. En Finistère, sur une année, le nombre de demandeurs demploi sest ainsi « allégé » de 6 %, tandis que 8 % de personnes supplémentaires émargeaient au RMI.
Fin 2005, plus de 14 000 Finistériens bénéficiaient ainsi de ce revenu minimum dinsertion. En charge de la gestion de cette allocation depuis janvier 2004, le département y aura en 2005 consacré 54 millions deuros, un chiffre déjà à la hausse et pour lequel la tendance ne semble pas prête à sinverser : un budget de 60 millions deuros est dores et déjà prévu pour 2006.
Si le phénomène nest pas propre au Finistère, il nen serait pas moins légitime de sinterroger sur la façon dont le Conseil général met en uvre les outils ad hoc censés permettre aux bénéficiaires du RMI de sortir du dispositif par lemploi.
Car, depuis le 18 décembre 2003, la loi impose à ces bénéficiaires de signer, avec le Conseil général, un contrat dinsertion. La chose na finalement rien de nouveau en soi, mais sa formalisation dans les textes crée désormais une sorte dobligation de résultat
Bien difficile à mesurer pour lheure.
Contractualisation, mode demploi
Certes, le taux de contractualisation finistérien « officiel », nétait que de 32 % à lautomne 2005
Mais cela ne veut finalement pas dire grand-chose, estime Richard Ferrand, conseiller général, délégué à linsertion au sein de la commission daction sociale du département : « Il y a deux manières de contractualiser. Celle, mécaniste et bureaucratique, qui consiste à faire signer un bout de papier vidant de sa substance le volet insertion du contrat. Alors, demain nous pouvons avoir 90 % de contractualisation. La seconde façon de faire prend le parti de linsertion durable et réelle. Cest la nôtre ».
Une logique qui se veut donc ambitieuse, où « laccompagnement de la personne est global, et ne se limite pas à linsertion par léconomique, mais prend en compte tous les éléments connexes qui constituent, pour chacun, des freins à lemploi », précise Patricia Adam, vice-présidente du Conseil général en charge de laction sociale.
Pour mettre en uvre cette volonté, le département a dû, depuis 2003, remettre à plat lorganisation de ses services sociaux, afin dy inclure la dimension de linsertion. La démarche a notamment conduit à la création des Commissions de lutte contre les exclusions, où travailleurs sociaux, aidés par les référents de lANPE (lire par ailleurs), posent un premier diagnostic densemble, qui va permettre aux bénéficiaires davoir tout à la fois accès à une aide au retour à lemploi, mais aussi à un accompagnement social, parfois médical : « Il faut arrêter de compartimenter les gens, de les trimballer dun service à un autre. Aujourdhui, une personne qui entre dans le dispositif le fait par lassistante sociale, qui sentoure ensuite des personnes compétentes selon les besoins, quil sagisse de problèmes de garde denfants, dendettement, de logement, etc. », note Patricia Adam. Charge ensuite aux CPLE (Comités de pays de lutte contre les exclusions), de recenser les besoins locaux, et de mettre en place loffre dinsertion qui y correspond.
Fermeté
Sur le papier, la logique est efficace, et ce dautant plus quelle vient sappuyer sur un partenariat avec lÉtat, dans le cadre de la mise en uvre des emplois aidés.
Sur le terrain, les choses sont plus complexes, les dossiers deviennent des noms, les noms des histoires, les histoires des problèmes
« Je me refuse à parler de Rmistes. Car sur le nombre de bénéficiaires, certains sont aux portes de lemploi, dautres aux portes de lenfer. Il y a autant dhistoires personnelles, sociales et professionnelles que de bénéficiaires. Certains nont besoin que dune aide ponctuelle, dautres cumulent les handicaps et auront de fait encore durablement besoin de notre solidarité », martèle Richard Ferrand.
Novices en matière dinsertion économique, les responsables du département nen paraissent pas moins volontaristes. Le schéma mis en place depuis deux ans en semble en tout cas être lillustration. Et si létiquette sociale prime, la fermeté est aussi de rigueur : depuis avril 2005, les nouveaux entrants dans le dispositif RMI sont systématiquement convoqués pour un entretien avec un référent emploi. Un point de départ indispensable pour un retour aussi rapide que possible dans le monde de lautonomie. Mais un rendez-vous manqué, aussi, pour certains : en 2005, sur une moyenne de 4 à 500 nouveaux bénéficiaires par mois, seuls 50 % ont répondu à lappel
« Pour certains, même sils restent minoritaires, le RMI est de droit. Pour eux, le « i » de linsertion na jamais été activé. Aujourdhui, des courriers leur sont adressés, pour leur rappeler quils ont des obligations. Et nous nhésiterons pas à suspendre les allocations si besoin », prévient Patricia Adam. Une mesure inédite qui pourrait très rapidement pousser les récalcitrants à entrer dans le jeu de linsertion.
Réalisme
Pour autant, les résultats ne sont pas pour demain, reconnaissent les élus. « Linsertion ne se fait pas dans un bocal. Sa réussite reste liée à la situation de lemploi, et lon ne crée de lemploi quavec de la croissance. Par linsertion, nous faisons en sorte que les personnes se trouvent en situation de répondre aux offres demploi qui reviendront avec cette croissance
Maintenant, dans un environnement économique qui ne cesse de se dégrader, il ne faut pas non plus croire que les réponses en matière demploi seront meilleures demain pour les bénéficiaires du RMI
», estime Richard Ferrand. En matière de politique comme déconomie, la naïveté na décidément plus sa place.
Élisabeth Jard
Insertion : avec un grand E
comme emploi
La logique a changé, les esprits et les pratiques aussi. Intégrés dans la chaîne des travailleurs sociaux du département, des référents ANPE viennent épauler les bénéficiaires dans leurs recherches.
Ils sont douze, répartis sur les huit territoires daction sociale du département. Depuis la fin du printemps dernier, ces agents de lANPE ont intégré les services sociaux du département, pour y uvrer aux côtés des travailleurs sociaux, dans la logique nouvelle de la contractualisation du RMI. Une cohabitation qui nest pas allée delle-même, mais qui, au bout de quelques mois, semble avoir trouvé sa pleine place dans le mécanisme de soutien aux bénéficiaires du RMI. « Les choses vont beaucoup plus vite quavant : désormais, tout nouvel entrant dans le dispositif RMI bénéficie dun entretien avec le référent emploi puis une assistante sociale en moyenne au bout dun mois et demi. Auparavant, cétait selon, il ny avait pas ce diagnostic global », insiste Jean-Michel Le Doussal, coordonnateur des agents ANPE mis à disposition du Conseil général.
Entendre, comprendre et alerter
Ce double entretien, qui démarre par un premier diagnostic élaboré par le référent ANPE, débouche ensuite rapidement sur les fameux contrats dinsertion. « Lidée, cest lefficacité pour lusager. Lassistante sociale demeure la référente de la personne, celle qui va rédiger le contrat dinsertion. Mais nous travaillons ensemble, elle prend en compte nos préconisations sur le volet emploi. Et, pour moi en tout cas, lapproche des usagers sen est trouvée largement changée », analyse Olivia Coat, référente ANPE au CDAS de Lesneven. Spécialiste de lemploi, la jeune femme avoue avoir revu ses critères dapproche des « dossiers » : « Je suis beaucoup moins « technicienne »
Même si mon métier nest pas le social, jentends les problèmes des personnes, ce qui peut influer sur leur retour à lemploi, et jen tiens compte ». Ce qui peut parfois conduire à mettre le volet « emploi » du contrat en attente, le temps que les difficultés plus sociales aient trouvé un début de réponse. Les personnes sont alors orientées en priorité vers lassistante sociale, qui mettra en uvre les réponses ad hoc.
Mais tout dépend. « Je peux voir dans la même journée un jeune ingénieur en attente de ses premiers salaires, puis une personne au parcours plus complexe, très éloignée de lemploi. Certains peuvent travailler tout de suite, dautres devront passer par des phases intermédiaires », explique Olivia Coat. Cet aspect des choses, la technicienne de lANPE ne le prenait pas en compte de la même façon auparavant. Aujourdhui, plongée dans la réalité du volet «social » de la recherche demploi, elle a appris à composer avec dautres données. « À lANPE, on considère quun demandeur demploi vient nous voir par une démarche volontaire. Cette fois, il faut aller au-devant de la personne, prendre plus de temps pour lécouter, la conseiller, comprendre ce qui fait frein à son retour à lemploi ». Une relation nouvelle qui, selon la jeune femme, ne peut qualler dans le sens dun mieux pour tous : « Avant, les travailleurs sociaux conseillaient les gens pour retrouver un emploi, mais ils navaient pas toutes les clés. Aujourdhui, ce travail en commun permet justement de mieux identifier les problèmes et les atouts de chacun : on mobilise les gens tout de suite, et on leur évite ainsi de sinstaller dans un dispositif. Plus tôt on les alerte sur le risque quils courent à rester éloignés de lemploi, plus efficace est la démarche ».
Elisabeth Jard