Saint-Martin, village dans la ville
Administrativement, Saint-Martin nest quune partie de limmense " quartier centre " de la ville. Humainement, ce périmètre qui jouxte les rues commerçantes de la ville, sapparente à un village dans la ville, un univers citadin devenu rare, où la vie de quartier veut encore dire quelque chose.
Un temps surnommé le " quartier latin " de Brest, Saint-Martin fut en effet, et demeure encore en partie, le pré carré du petit peuple estudiantin de la ville. Mais le caractère si particulier du quartier nest certainement pas seulement dû à ses " années fac ". Les plus anciens en témoignent volontiers : " Le quartier a toujours été comme ça, avec des gens qui se connaissent et qui sentraident ", confie celle que lon surnomme, du côté des halles de Saint-Martin, la " reine mère ", lune des âmes historiques du quartier.
La botte secrète dun dynamisme intact
Certains se sont parfois agacés de cette image populaire, de cette étiquette de " village dirréductibles Romains ". Elle nen demeure pas moins fidèle au caractère local, au mépris des années. Certes, de lunivers ouvrier et de ses baraques de laprès-guerre, il ne reste plus que des souvenirs. Avec le temps, la population a changé, les murs ont évolué. Mais lesprit et la vie sont restés de la place Guérin à celle des halles. " Depuis toujours, ce quartier est un melting-pot de classes sociales, de générations
On peut lexpliquer par les associations qui font que les gens se rencontrent, mais aussi par lécole, les halles, tous les commerces. En fait, il y a toujours une porte ouverte : magasins, cafés ou restaurants. Dans dautres quartiers, beaucoup de choses ont fermé. Résultat : il ny a plus de vie ", estime Marcel, patron depuis dix-huit ans de lun des rendez-vous phares de la place Guérin, le café de la Plage.
Artiste, étudiant, festif, Saint-Martin na finalement fait que tirer parti de ses atouts dorigine pour y puiser son dynamisme. Chaque matin, autour de la place des halles récemment réhabilitée, la vie sactive, fourmille. Ici comme ailleurs, on a vu les commerces de proximité tirer leur rideau au profit des offres de la périphérie. À la différence près que " toujours, quelque chose dautre renaît. Certains partent, dautres prennent leur place, signe quil y a de la vie ", rappelle Dominique Jacolot, lun des commerçants de la place des halles.
Et la donne ne devrait pas changer de sitôt. Les murs bougent, pas leur âme. Après la rénovation des halles et louverture dun poste de police de jour, le quartier sapprête à vivre une opération immobilière de taille, mêlant constructions neuves et réhabilitations. Une mini-révolution que chacun attend ici de pied ferme. Car si certains craignent quon ne vole ainsi son âme au quartier, beaucoup reconnaissent aussi que le quartier a besoin dun petit coup de neuf, et de nouvelles énergies pour poursuivre sa saga pendant quelques générations encore.
Élisabeth Jard
" Le second souffle de Saint-Martin "
" Avant darriver ici, javais en tête limage dun quartier un peu ancien
En moins de cinq mois, jai découvert tout son dynamisme qui vient, je pense, tout autant de la volonté des acteurs du quartier que de celle des pouvoirs publics, qui mettent des moyens au service de Saint-Martin ", confie Jean-Sébastien Auffret, le nouveau directeur de lagence du Crédit Agricole de Saint-Martin.
La position centrale de lagence, qui donne sur la rue Jean-Jaurès lui permet dattirer une clientèle diversifiée, à limage du quartier : " On est ici dans un quartier de brassage, et cela sexplique sans doute par le fait dune offre immobilière assez large, au regard du reste du centre-ville. Tout cela contribue au dynamisme local, avec cette vie créée autour des petits commerces, et alimentée tout autant par les étudiants que par les familles. " La récente rénovation des halles, comme les projets de réhabilitation immobilière ou la refonte de lEspace Foucauld ne viennent, selon Jean-Sébastien Auffret, que renforcer " le second souffle de Saint-Martin ". Pour preuve, les nombreuses demandes de financements, concernant des ouvertures ou des reprises de commerces: " Il y a une vraie volonté de tous dattirer du monde sur le quartier. Et à cet égard, il me semble que lopération faite sur les halles a été des plus positives. Entre les initiatives des associations du quartier, des commerçants, et les moyens mis en uvre par la collectivité, on sent vraiment que le quartier reprend une nouvelle valeur. "
E.J.
Alain Masson, maire-adjoint du quartier " centre "
" Saint-Martin veut prendre le temps de vivre "
Si Saint-Martin fait partie du centre-ville, on dit souvent que cest surtout un quartier à part entière. Quelles sont ses particularités ?
Alain Masson : Le quartier fait partie du centre-ville, mais depuis toujours, il est effectivement à part. Il y a la place, les halles
Tous ces éléments en font un quartier un peu différent, oui. Et on peut dire également quil se distingue dans la population puisque ce quartier est principalement populaire, dans le bon sens du terme, par rapport à dautres endroits du centre, que lon qualifierait dans la terminologie des villes, de plus bourgeois. Cet ensemble de choses fait que le quartier est effectivement particulier.
La municipalité y a entamé de nombreuses opérations de modernisation ou de réhabilitation, pour certaines déjà achevées. Mais le programme à venir fait dire à certains quon veut voler son âme au quartier
Il est vrai que les deux prochains chantiers, celui du secteur Foucauld et celui de lÎlot Proudhon, sont assez lourds. Sur lancienne école Foucauld, il est effectivement prévu de construire 200 logements neufs, quon peut qualifier de haut de gamme, mais en restant à léchelle de Brest ! Mais en parallèle, nous travaillons sur la rénovation de lensemble du quartier, avec laide de lÉtat, visant à une requalification des bâtiments anciens. Nous voulons donc garder deux fers au feu : Brest doit absolument répondre à une réelle demande de logements de qualité dans le centre, tout en préservant le bâti ancien.
Cela ne va-t-il pas effectivement conduire à une éviction de fait des familles les plus modestes ?
Non. Il est évident que les logements neufs seront notamment accessibles à des catégories de type cadres supérieurs. Et cest aussi en fonction de cela que nous menons une opération de requalification, afin notamment de trouver des aides à la rénovation pour les propriétaires. De même, un travail sera également mené auprès des propriétaires de locatif, pour quils puissent accueillir dans des logements décents une population aux revenus plus modestes.
Pouvez-vous dresser un portrait-robot de Saint-Martin à un horizon de dix ans ?
Les opérations de Foucauld et Proudhon seront alors achevées. La logique voudra donc quon se penche également sur la place Guérin, et son éventuel réaménagement. Ceci se fera bien évidemment en bonne entente avec les différentes associations du quartier, notamment pour ce qui est de la salle de lAvenir.
Votre définition du quartier ?
Saint-Martin a une âme
Peut-être pas décorché vif, mais en tout cas de résistant à la modernité. Attention ! Cela nest pas péjoratif, jentends plutôt par là que ce quartier veut prendre le temps de vivre.
Halles Saint-Martin
Une réhabilitation qui devra faire ses preuves
Après quinze mois dexil sous un chapiteau provisoire, les commerçants des halles ont, début juillet, retrouvé un bâtiment entièrement rénové. Une réussite architecturale qui ne fait pourtant pas lunanimité
Il aurait été étonnant que les choses se passent sans heurts. Comme pour tout ce qui touche à leur quartier, les Saint-Martinois avaient dès le départ pris le taureau par les cornes, disputant à la collectivité le droit de modifier impunément le paysage local. " Et pourtant, daprès les premiers échos, je crois que tout ça valait finalement le coup ", se réjouit aujourdhui Alain Masson, maire-adjoint du quartier " centre " et 1er adjoint au maire de Brest.
Une nouvelle jeunesse
Passablement décrépies, ces halles érigées au xixe siècle ne supportaient plus la comparaison avec les lignes contemporaines désormais en vogue. Et limage du quartier en pâtissait logiquement, sans parler de la fréquentation de ses commerces. " Il était indispensable de faire quelque chose. Et aujourdhui que tout est fini, on peut dire quon a eu de la chance : le nouveau bâtiment est une réussite. Le toit en verre rend lensemble plus clair, et les clients semblent très satisfaits ", reconnaît Maryvonne Joncourt, lune des commerçantes des halles. De fait, le chantier de quinze mois a permis de redonner une nouvelle jeunesse à lensemble de la place, à la rendre plus attrayante. Et si certains clients avaient déserté leurs étals de prédilection pendant leur exil sous le chapiteau, " on a limpression que des têtes nouvelles arrivent ", veut espérer une autre commerçante.
Les non-sédentaires inquiets
Rénovées sous la direction de larchitecte des bâtiments de France, les halles Saint-Martin retrouvent donc aujourdhui une physionomie enfin avantageuse. Tout au moins du côté de lesthétisme
" Nous, tout ce quon demandait, cétait du fonctionnel ", regrette Manu, délégué des commerçants non sédentaires.
Cette amertume, il nest pas le seul à la laisser transparaître, quand la pluie vient à envahir le ciel brestois. Car, si un auvent agrandi a été mis en place à larrière des halles, le toit qui surplombait jusque-là lavant du bâtiment a, lui, été supprimé. " On a bel et bien 5 places en plus en bas, mais par temps de pluie, les 25 de lavant sont inutilisables ! " Et les non-sédentaires ne sont pas les seuls à craindre les effets négatifs de la chose : " Avant, le marché attirait les gens. Aujourdhui, par temps de pluie, il ny a plus personne
Ce qui ne donne pas forcément envie de rentrer chez nous ", avance une commerçante des halles.
E.J.
Les grands chantiers
Espace Foucauld : Propriété de la Cub, lancienne école est destinée à accueillir une Zone daménagement concerté (Zac). Sur ces deux hectares, dont la gestion a été confiée à la Semaeb, lobjectif avoué est la construction de 200 logements neufs, destinés principalement à accueillir des familles. Reste à trouver les promoteurs, à affiner le projet architectural avec eux
Puis à construire ! Vraisemblablement, le chantier pourrait démarrer fin 2005.
Îlot Proudhon : Après des mois dincertitude, on sait maintenant que limmeuble jusquici dévolu aux associations restera à leur disposition. Pour autant, la vétusté du bâtiment nécessite une urgente réhabilitation, dont le principe est désormais fermement établi. Un chiffrage estimatif, basé sur les études préliminaires, fait pour lheure état dun budget global de 4,5 millions deuros. Mais le projet nen est quà ses débuts. Pour lheure, la seule certitude reste que le chantier visera à réhabiliter le bâtiment existant. " Des mètres carrés supplémentaires seront probablement dégagés de ces travaux, mais il est encore trop tôt pour savancer sur lutilisation qui pourra en être faite ", note Jean-Pierre Caroff, chargé de lhabitat à la Cub. Dans le scénario le plus optimiste, les premiers coups de pioche pourraient avoir lieu courant 2007.
Amélioration de lhabitat : Une opération programmée damélioration de lhabitat est en cours. Cette Opah concerne lensemble du quartier de Saint-Martin et vise à réhabiliter les bâtisses les plus anciennes. Pour ce faire, des négociations ont été menées auprès de lAgence nationale damélioration de lhabitat. Le 30 septembre dernier, elles ont donné lieu à une décision de la dite agence, qui permet désormais de proposer des aides substantielles aux propriétaires (même en copropriété), et sans plafonnement : " Cétait jusque-là le principal problème, il vient de sauter ", se félicite Jean-Pierre Caroff. Reste maintenant à ajuster les capacités financières du côté de la Cub comme de lÉtat. Raisonnablement, on peut donc tabler sur un début de lopération en début 2005, pour au moins trois ans. Le tout permettra aux propriétaires de procéder à des travaux de rénovation et de modernisation avec une aide publique conséquente.
Kerfautras : Depuis quelques mois, Kerfautras a fait table rase du passé. Les anciens entrepôts de léconomie bretonne, rachetés en 1980 par la ville, étaient devenus trop vétustes. Rasés, ils ont laissé place à un immense parking (gratuit) de 548 places. De quoi ôter une épine du pied de nombreux habitants du quartier. Au départ programmé comme un équipement provisoire, ce parking semble être appelé à durer : " On ne peut pas non plus créer des dizaines de logements supplémentaires, sans êtres certains davoir une demande en face. Pour lheure, il ny a donc aucun projet concret sur ce dossier. La seule éventualité serait, à terme, dy imaginer un équipement sportif, qui manque actuellement sur le quartier ", annonce le maire adjoint.
Foire aux croûtes
Une fête à limage de son quartier
Quand on a goûté aux délices de Saint-Martin, difficile den oublier la saveur
" Quand je suis revenu à Brest, après mêtre éloigné pour raisons professionnelles, cétait Saint-Martin ou rien ", confirme Jean-Michel Charreteur. Revenu sur ses terres il y a huit ans, lhomme est depuis 5 ans président de lemblématique association de la Place Guérin, créatrice de la Foire aux croûtes. " Il fallait à un moment coordonner les bonnes volontés : il y avait un maximum didées qui fusaient, mais un peu de mal pour les mettre en symbiose
Or moi, si je nai pas didées, jarrive à faire en sorte que celles des autres soient réalisées ", sourit celui qui préfère se définir comme le " coordinateur des différents courants didées " de lassociation.
De 5 à 8 000 visiteurs à chaque édition
De cette réunion de bonnes volontés naît la magie de cette institution brestoise en matière de rassemblement festif que constitue la Foire aux croûtes. Imaginée voici près de quinze ans par deux des " piliers " du quartier, la fête attire immanquablement, durant les trois jours du week-end de lAscension, des milliers de visiteurs. Qui pour les " croûtes ", qui pour les soirées concerts, qui pour lambiance générale
" La foire aux croûtes
Cest la rencontre de la peinture et de la musique. Avec 150 exposants, néophytes ou confirmés, et la fête en musique le soir ", résume Jean-Michel Charreteur. Une joyeuse réunion damateurs darts en tous genres, où la seule règle immuable se résume à une ouverture toujours plus large : " Dès le départ, le but était de ne pas faire de cette foire le pré carré de quelques gens reconnus. Nous, ce quon veut, cest que chacun ait sa chance. "
Depuis sa création, cette manifestation a réussi à fédérer tout le quartier, à lui coller à limage, à devenir lun des éléments incontournables de lidentité de Saint-Martin. Et si lassociation que préside Jean-Michel Charreteur en est la cheville ouvrière, elle ne tire pas toute la couverture à elle : " Les autres associations nous filent un sacré coup de main, notamment le PL Guérin, le Claj, ou Canal Ti Zef. Les commerçants nous aident aussi en nous sponsorisant, et la mairie nous soutient également beaucoup. " Une mobilisation sans faille qui touche jusquau public : en trois jours, la fête attire entre 5 et 8 000 visiteurs ! " Et certains ont même repris le concept ailleurs
".
E.J.
Les Sonics
La techno sur un air dantan
La devanture est à limage de lassociation. Une façade aux allures surannées qui cache un magasin de musique et de culture techno, créé par lassociation Sonics. Choc des cultures ? Intégration réussie des différences, plutôt. Créateurs de lassociation, Matthieu Guerre-Berthelot et son acolyte Gildas Rioualen avouent avoir succombé " au petit côté charmant de la place Guérin ", mais pas seulement. " Pour monter le magasin, nous avions besoin dun quartier sympa, sans être sur des grands axes, puisque notre public est assez ciblé. Or, Saint-Martin a toujours été un lieu vivant, jeune
" Va donc pour la place Guérin, son école et ses légendaires boulistes. " Au départ, forcément, on a suscité pas mal de curiosité. Mais au lieu de rester dans leur coin, les gens sont carrément venus nous voir, poser leurs questions. Et lintégration sest faite comme ça, parce quils semblaient aussi contents de voir que la jeunesse arrivait pour continuer la vie du quartier ", resitue Gildas Rioualen.
En posant les valises de leur association des Sonics sur le quartier, les deux pivots du festival Astropolis entendaient surtout mener leur barque à travers le Sonic Floor, enseigne spécialisée dans le son techno. La mélodie aurait pu faire tache dans le paysage de la place, mais lhistoire même du quartier a justement appris à ses âmes à toujours garder la porte ouverte aux influences qui ne sont a priori pas les siennes. Dailleurs, en drainant sur le quartier toute une clientèle plus jeune, amatrice de techno, les Sonics ont démontré que les contraires pouvaient aussi sattirer. " Nous avons toujours respecté létat desprit du quartier, et notre musique na jamais semblé déranger ! ", sourit Matthieu Guerre-Berthelot. Lassociation, qui monte de nombreux concerts sur Brest, mais également sur toute la Bretagne, fait donc désormais partie du décor local. Et, comme tous les gens de Saint-Martin, ses membres sinvestissent dans la vie du quartier, en y apportant une note de couleur supplémentaire. Cest ainsi que, lors dAstropolis, des concerts et happenings sont organisés au centre dart Passerelle. Et en 2005, un tournoi de pétanque, co organisé par les boulistes de la place, pourrait se jouer avec les collectifs de musiciens invités du festival. Parties mouvementées en perspective !
E.J.
Passerelle
Au carrefour des arts contemporains
Au détour dune rue, non loin des chapelets destaminets et de restaurants, une discrète pancarte indique le chemin à suivre pour prendre la Passerelle. Ici, depuis 1988, lart contemporain a su simposer comme lun des éléments constitutifs du paysage local. Et cétait bien là la volonté des fondateurs de ce centre dart contemporain, dont fut Chantal Bideau, aujourdhui présidente de lassociation Passerelle et coordinatrice des événements : " Dès le départ, il sest agi de créer sur le quartier un lieu de promotion de lart contemporain. Et cette ancienne mûrisserie de bananes, laissée à labandon, était idéale. "
Après avoir réhabilité la friche industrielle, les promoteurs de Passerelle retroussent leurs manches. Et le chantier est à lépoque immense : " Le CCM, le Fourneau, la Maison du théâtre
Rien de tout cela nexistait à lépoque. Notre projet était donc de fédérer ici toutes les énergies artistiques qui bouillonnaient. " Léclosion de nouvelles structures elles aussi dédiées à lart sous toutes ses formes coupera lherbe, et quelques financements, sous le pied de Passerelle. " Nous avons dû remanier le projet, pour nous tourner plus particulièrement vers les arts plastiques. "
Sentinelle de la créativité
Aujourdhui, Passerelle a su se faire un nom dans lunivers de lart contemporain, et ce bien au-delà des frontières de Saint-Martin, et même de la ville. En sus des expositions dartistes du monde, des partenariats locaux ont également permis la mise en place de lectures de poésie, de concerts
Aussi proche des organisateurs de la Foire aux croûtes que des tenants de ce que daucuns nomment lart avec un grand A, lassociation reste lune des sentinelles de lart, au cur dun quartier où, si les artistes de tous poils nont jamais manqué, " larrivée de réels ateliers dartistes ayant pignon sur rue jouerait en faveur de la mixité sociale ", estime Chantal Bideau.
Parce quelle est née de la volonté dartistes et damateurs dart du quartier, Passerelle reste lun des repères de Saint-Martin. " Ailleurs, dans un autre lieu, un tel projet naurait pas été possible. Ce quartier a toujours compté beaucoup dartistes, mêlés aux étudiants, aux personnes âgées. Il y a vraiment ici quelque chose de particulier
".
E.J.
Le feuilleton du jeudi soir
Depuis un peu plus dun an, Saint-Martin sétait fait, chaque jeudi soir, le théâtre dune pièce montée par plus de 300 étudiants, réunis aux portes des cafés jusque tard dans la nuit. Au départ marginal, le phénomène avait, en ce début dannée universitaire, atteint des proportions qui commençaient à échauffer les humeurs des riverains, lassés de devoir faire une croix sur leur sommeil, une nuit par semaine
Fin octobre, à lissue dune réunion en sous-préfecture, les responsables politiques et judiciaires locaux ont tranché : jusquà nouvel ordre, ces rassemblements nocturnes seront suspendus. En attendant que les associations étudiantes, ou la sphère privée, trouvent une solution durable de nature à contenter les appétits festifs des uns sans pour autant troubler les nuits des autres.
PL Guérin
La mixité sociale, sésame de la vie de quartier
Même sil nest pas visible pour lil étranger au quartier, le PL Guérin nen demeure pas moins lun des piliers de la vie sociale de Saint-Martin. Exilée, depuis les années 70, vers les frontières du quartier, la structure a finalement su tirer parti de son éloignement. " Notre volonté est douvrir le PL au plus grand nombre, dans la logique de la mixité sociale. Et grâce à lespace qui nous est ici dévolu, cest possible ", note ainsi Bruno Ménager, coordinateur des activités du PL. Cette année, environ 650 adhérents, de " 7 à 77 ans " pousseront la porte de ce lieu daccueil et de création, quils soient ou non du quartier. Théâtre, club du 3e âge, sorties nautiques ou accompagnement scolaire : les publics et les activités se croisent, pour parfois sentremêler et créer de nouvelles passerelles entre générations.
Échanges de bons procédés
Autour du sport et de la culture, le PL réussit donc à fédérer des publics multiples, en âges comme en catégories socioprofessionnelles. Mais si la recette fonctionne, cest aussi grâce aux valeurs ici mises en avant : " Pour nous la mixité sociale est un facteur dintégration. Nous accueillons donc chez nous des associations ou des mouvements qui ont besoin dun lieu, à condition quils adhèrent à nos principes. " Des associations comme la Ligue dimprovisation brestoise ou les musiciens de Vivre le monde trouvent donc ici un hébergement, quils " paieront " de quelques heures de temps accordées au public du PL. Cest également ici que se retrouvent lUniversité européenne de la paix, ou encore le collectif dassociations mobilisées autour de la salle de lAvenir. " Sur des questions militantes, concernant la vie sociale et culturelle du quartier, nous essayons de jouer notre rôle ", précise Bruno Ménager.
Conventionnée par la ville, la structure simplique dailleurs largement dans la préparation de lavenir de Saint-Martin : " Avec les opérations programmées, le quartier va changer, et lon devrait notamment revoir arriver des familles. Ce qui est positif. Mais derrière, il faudra que la vie sociale suive. Cest notamment sur cela que nous travaillons dès aujourdhui avec la collectivité, en sachant quactuellement, nous ne serions pas en mesure de répondre à la demande de nouveaux arrivants, nos locaux étant arrivés à saturation. "
E.J.
Salle de lAvenir : mobilisation générale
La réputation des gens de Saint-Martin nest pas usurpée. Meilleure preuve en date : la mobilisation de centaines de personnes pour " sauver " lun des morceaux de patrimoine du quartier : la salle de lAvenir.
" Cet équipement ne correspond plus à ce que lon peut attendre dune salle polyvalente de notre époque. Pour la nouvelle salle, nous resterons à lécoute du collectif, qui entend notamment la voir souvrir sur la place Guérin ", avance Alain Masson. Le discours est prudent, tant le dossier apparaît comme un vrai enjeu pour le quartier.
Ancienne propriété de léglise catholique, la salle fut ensuite convertie en équipement de quartier. " Il a fallu la fermer pour vétusté il y a quelques années. Mais depuis, nous navons plus rien pour accueillir les fêtes de Saint-Martin. Aujourdhui, tout ce que lon veut, cest récupérer lAvenir ", explique Sylvain Thomas, lun des très actifs membres du Collectif formé pour la défense de la salle.
Un projet minutieux, et lattente de réponses concrètes
" On ne savait pas ce quils voulaient faire de cette salle. On a décidé de se structurer pour aller demander des infos. " Partis à quelques-uns au printemps dernier, les membres du collectif regroupent désormais les voix de plus de 15 associations du quartier, " sans compter les habitants ". Mobilisés, ils nentendent pas rester dans lattente dune décision lointaine. " On nous a demandé de faire un cahier des charges, on la fait. Aujourdhui, on veut une réponse concrète et rapide. Cette salle, on en a besoin, et vite ", pose Charles Le Bris, lun des porte-parole du collectif. Or, il nest pas dit que les choses se décantent aussi rapidement quespéré. Les projets de la collectivité en la matière nont pas encore suffisamment avancé
" Une chose est sûre : on ne veut pas dune destruction. Ce bâtiment, cest un peu de la mémoire du quartier, il fait partie du patrimoine. On ne demande pas une superstructure, juste une salle de quartier, modeste, où les associations pourraient mener leurs projets, et les habitants se rencontrer ", rappelle Sylvain Thomas.
APE : lintégration des parents pour lavenir des enfants
" Ni cochon grillé, ni militante ", selon les termes mêmes de son président, Franck Marson, lAssociation des parents délèves des écoles Guérin (primaire) et Bugeaud (maternelle) tient malgré tout une place de choix dans la vie du quartier. Dans celle des écoliers, bien sûr, puisque lAPE finance notamment certaines sorties scolaires, ou procède à lachat de matériel pédagogique. " Mais lun de nos buts, est daider à lintégration des écoles dans le quartier, et de permettre aux parents de se rencontrer ", précise également Franck Marson. De fait, lAPE affiche sa présence bien au-delà des murs des deux écoles, en participant notamment aux fêtes de quartiers, voire en les initiant. " Lassociation est à limage de ce quartier : dynamique ", estime la vice-présidente de lassociation, Catherine Le Bris. Les jeunes parents ne sont dailleurs pas en reste quand il sagit de défendre lidentité de Saint-Martin. LAPE fait ainsi partie du collectif dassociations mobilisé sur le projet de la salle de lAvenir. Et cest encore elle qui a, à la dernière rentrée, mis sur pied son propre collectif de défense des écoles menacées de fermetures de classes : " Nous avons failli voir lune des classes de lécole fermer, alors quelle venait tout juste douvrir. Le problème est pour cette fois résolu, mais nous tenons à rester solidaires dautres écoles menacées. Comme nous aurons besoin peut-être à nouveau besoin deux à la prochaine rentrée. "
Mobilisés, les parents de lAPE le sont dailleurs sur tous les sujets qui touchent de près ou de loin au quotidien de leur quartier, et à lavenir qui lattend : " Aujourdhui, lécole maternelle accueille 30 élèves par classe et aucune extension nest possible Avec le programme de logements prévus, il faudra bien en venir à évoquer la question des écoles
", rappelle, à bon entendeur, Catherine Le Bris.
E.J.