Port-Launay
LAulne a rendez-vous avec la mer
Avant la construction du canal de Nantes à Brest,
qui va le priver de marée, Port-Launay était un port de mer, à la limite de la navigation maritime de lAulne.
Des grandes bâtisses serrées au bord de lAulne qui fait un coude. Voici Port-Launay. Deux cent hectares. 508 habitants. Son écluse est la première (ou la dernière, cest selon) du canal de Nantes à Brest. Cest ici que leau douce de la rivière rencontre leau salée. Officiellement, la limite de salure des eaux est située sous le pont de la Douphine à trois kilomètres de cette écluse. Vous trouvez que cest un détail ? Pas pour les pêcheurs. La réglementation nest pas la même en rivière et en mer. Si vous pêchez la civelle dans leau salée, vous aurez ladmiration du garde pêche. Capturez la même bête en eau douce, il vous dressera procès verbal pour braconnage. Vous saisirez vite la différence !
Venant de la voie express Brest-Quimper, le regard bute sur des ruines, de lautre côté de la rivière. On dit quil sagit du bagne qui abritait les forçats employés à la construction du canal au XIXe siècle. Certes, la construction de ce dernier fut laborieuse, mais cette information nest pas tout à fait exacte. Jean Coleno, maire et maître principal radio en retraite, précise : « Il sagissait de la maison de lingénieur chargé du chantier et de son adjoint. Il ny a jamais eu de bagnards ici. Les seuls bagnards qui participèrent à la construction du canal étaient regroupés à Glomel, dans les Côtes dArmor où ils résidaient dans des baraques en bois sans chauffage ni éclairage. Le terme bagne nest toutefois pas si inapproprié que cela. Les ouvriers du canal étaient souvent des ouvriers ruraux qui vivaient de manière précaire et nétaient pas toujours bien traités. » Jean Coleno est maire depuis juillet 2004. « La population a augmenté de 5 % (29 personnes) entre les deux derniers recensements. On ne peut construire à tout crin sur cette commune de deux cent hectares (*), mais les grandes bâtisses du bourg, témoins de la richesse passée de la commune, sont progressivement rénovées et transformées en appartements qui attirent des familles. »
A 31 km, la mer
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Alors quil mexplique cela, de joyeux cris denfants montent par lescalier en bois qui dessert les bureaux de la mairie. Il faut dire que celle-ci accueille aussi dans lune des ses ailes les quarante-sept enfants de lécole (laïque, forcément). Sur le bureau de monsieur le maire, une belle et grande plume blanche repose dans un encrier. Une plume doie ? « Non, de cygne. » Ces oiseaux blancs apprécient la quiétude du plan deau de Port Launay. Ils ne sont pas les seuls. En 1880, Port-Launay était recensé comme le troisième port du Finistère après Brest et Morlaix. Aujourdhui, il nest sans doute pas le dernier, mais sa confidentialité en fait un hivernage recherché par les plaisanciers. Trente et un kilomètres le séparent de locéan. Mais pour Roland et Marie Catherine, propriétaires du Postferdoum (« Tonnerre de Brest » en bruxellois), cest un atout. Port-Launay est une « halte technique idéale, un port deau douce pratique pour lentretien. De plus, il est très abrité et nest pas loin de la maison». En loccurrence, de Douarnenez. Pourtant, à les entendre, ces deux marins là nont pas froid aux yeux. Des yeux qui brillent quand ils évoquent leur projet qui verra le jour lété prochain : « Un tour du monde en bateau avec nos deux enfants »
Le port est aussi prisé des Anglais. Au moins cinq bateaux arborent le pavillon brittanique. Il y a aussi le Richard Marika, bateau vert de lassociation lOptimiste 29, qui a pour vocation de prendre à son bord des personnes handicapées et fait appel à la générosité de tous (renseignements sur le quai)
Lécluse maritime de Guily-Glaz, près du viaduc du même nom aux arches de 50 mètres de haut, est située à 1,2 km en aval de Port Launay. Elle fut inaugurée en grandes pompes en août 1858 par Napoléon III et limpératrice Eugénie. On y construit aujourdhui un barrage anti crue. Les travaux ont dénaturé le bucolique ensemble écluse maison déclusier, ce qui attriste Jean-Yves, éclusier en titre depuis une quinzaine dannées. « Pas de pitié pour les vieilles pierres », regrette-t-il. Il laime, son canal. La preuve : avec un copain, il y a quelques années, il la exploré sur toute sa longueur. « Nous avons longé tout le canal à vélo en quatre journées et demies. Un magnifique souvenir. Sur mon carnet de bord, jinvitais les éclusiers à témoigner de notre passage »
Près de lécluse, il y a un restau ouvrier ; il est bien caché, mais ladresse est connue. « Je lai acheté il y a quinze ans, pour le cadre », raconte Gilbert, qui prépare joyeusement ptits noirs sur ptits noirs pour larmée douvriers qui est dans la salle. « Jai un petit bateau. Jen fais parfois. Quand jai le temps - mais du temps, jen ai pas beaucoup. Et puis on ne peut pas sortir quand on veut. Il y a les marées. Tout de même, quand on navigue, le fond de la Rade de Brest est très beau. » (nallez pas croire pour autant quil remplacera dans le cur de ce Léonard les rochers magnifiques de Kerlouan
)
Tiens, en navigant, non pas sur le canal, mais sur le net, sur Port Launay, je lis enfin ceci : « Sur la plage, lombre pieuvrée des takamakas protège le sable. De temps en temps, dun bruit sec, une noix tombe dun cocotier ». Cest signé dun poète inconnu du nom de Toscane. Jaurais raté quelque chose ? Non, il y aurait erreur, seulement pour qui ignorerait que Port Launay, cest aussi une anse émeraude des Seychelles dans locéan indien. Voilà qui me donne envie, non plus de prendre le bateau, mais lavion
Monique Férec
Jusquen 1841, Port Launay faisait partie de Châteaulin et de St Ségal. Les habitants, des armateurs pour la plupart, trouvant injuste de verser des impôts à deux communes militèrent pour la création dune commune indépendante. Deux cents hectares leur suffisaient. Cela donne des choses un peu curieuses. « Ainsi, la salle de restaurant de lhôtel le Bon accueil est à cheval sur les communes de Châteaulin et de Port Launay. Avant la taxe professionnelle unique, 60 % de la TP revenait à la première et 40 % à la seconde ! » explique le maire.
La première des 238 écluses du canal de Nantes à Brest
Lidée dun canal sur lAulne date du XVIIe siècle. Lintérêt de relier Nantes à Brest était militaire : il sagissait de débloquer le port Atlantique par larrière-pays dans léventualité dune guerre contre lAngleterre et de pouvoir relier entre eux les arsenaux de Brest, dont il devait permettre de favoriser le développement, mais aussi ceux de Lorient et dIndret. Le chantier a duré cinq décennies et mobilisé des milliers dhommes. Commencé en 1811, il sera partiellement achevé en 1842. Le canal est long de 385 km et compte 238 écluses. A la fin du XIXe siècle, Port-Launay accueillait plusieurs centaines de sabliers, et assurait lexportation de lardoise exploitée sur Châteaulin. Mais le trafic diminue nettement au début du XXe siècle. Le canal, coupé en deux à hauteur de Guerlédan en 1927, est vaincu successivement par la voie ferrée puis la route.
Paru le 21 octobre 2005