Le lac du Drennec n'a rien à envier à son célèbre voisin de Brennilis.Cette retenue achevée en 1982 offre en effet de multiples activités dans un cadre enchanteur.
Le lac du Drennec ne se laisse pas facilement approcher. Pour y parvenir, l'automobiliste ou le cycliste devra emprunter un dédale de petites routes, qu'il vienne de Sizun, Saint-Cadou ou Commana, les trois communes qui enserrent le lac. Pourtant, affirment les habitants des alentours, ces routes communales sont littéralement envahies durant les grandes vacances et les week-ends ensoleillés du printemps. "Pendant la canicule, les Finistériens trouvaient ici un peu de fraîcheur et de calme, loin des plages surpeuplées. Ils viennent de Sizun et des Monts d'Arrée mais aussi de Landerneau, Brest
", note Claire, une habitante du hameau du Drennec.
La voiture garée ou le vélo parqué, les estivants se précipitent sur l'une des plages de la rive nord
et plongent avec bonheur dans les eaux vert émeraude du lac. La température n'y excède toutefois pas les 18-19° à cette période de l'année. Les enfants essayent, quant à eux, d'attraper l'un des petits poissons qui jouent à cache-cache dans les algues qui bordent la rive. Côté est, le Centre nautique de l'Arrée propose des stages et locations aux néophytes comme aux "voileux" confirmés.
La meilleure façon de découvrir cette retenue d'eau de 110 hectares est encore d'en faire le tour à pied sur un sentier balisé de 7 km. Une multitude d'essences s'offrent au regard : frêne, peuplier, charme, merisier
sans oublier les pins et sapins des Monts d'Arrée. Sur les rives poussent également des iris, potamots, sagittaires
La faune est tout aussi variée. "On trouve notamment des visons d'Amérique, des ragondins et une loutre semble même avoir élu domicile non loin du lac. Nous ne sommes toutefois pas encore sûrs qu'elle soit là toute l'année", note Stéphane Duffroy, guide en environnement à la Maison de la rivière de Sizun et à la Maison du lac située au pied du barrage.
Oiseaux migrateurs
L'hiver, les eaux tranquilles du lac accueillent des milliers d'oiseaux en route vers les terres africaines. "Certains font une courte halte avant de poursuivre leur chemin. C'est le cas des oies bernaches, des oies nonnettes
D'autres restent sur place comme le fuligule morillon, la sarcelle d'hiver
", détaille Stéphane Duffroy. Tout au long de l'année, nichent d'autres oiseaux : des poules d'eau, des grèbes castagneux, des cols verts
Les pêcheurs apprécient, eux aussi, cette retenue d'eau du cur des Monts d'Arrée. Anguilles, gardons, truites fario, truites arc-en-ciel
. constituent quelques unes des espèces présentes dans le lac du Drennec. L'association de pêcheurs de l'Elorn surveille la pêche, assure le comptage
En aval du lac, elle a également aménagé une pisciculture où elle assure la reproduction des truites fario qu'elle rejette ensuite dans le lac.
Le barrage est aussi un point de départ pour de nombreuses randonnées à pied, à cheval ou à VTT. Le GR 38 emprunte notamment le barrage avant de traverser Saint-Cadou et se diriger vers la forêt du Cranou. Bien d'autre sentiers partant du Drennec mènent au mont Saint-Michel, au Menez Kador, au Roch Trévézel, au lac de Brennilis
Les paysages alternent entre forêts obscures de conifères, prairies verdoyantes, landes, tourbières
Les couleurs les plus inattendues jaillissent au détour d'un sentier : jaune vif des ajoncs, mauve profond des bruyères, vert éclatant des feuillus. Le promeneur traverse aussi de magnifiques hameaux de pierres noires des Monts d'Arrée, croise quelques calvaires, passe à proximité de producteurs de fromage de chèvre
On a bien du mal à imaginer la polémique qui a accompagné la réalisation de cette retenue lorsqu'on découvre ce paysage enchanteur. "Auparavant, l'Elorn coulait ici au fond de la vallée, entre les prairies. Pour passer la rivière, on empruntait un joli petit pont. C'était si calme. Et puis, le barrage a été construit
", se rappelle Bernard Kermarrec, agriculteur au hameau du Drennec. La décision de construire un barrage sur l'Elorn est née au lendemain de la sécheresse de 1976. Les travaux débutent en 1979 et s'achèvent en 1982. Des propriétaires sont expropriés, des terrains sont amputés de plusieurs hectares, une vallée est noyée sous 8,7 millions de m3 d'eau.
Ces travaux permettent de réguler le niveau des eaux du bassin de l'Elorn qui alimente un Finistérien sur trois. Tous les dix ans, le barrage est vidé afin de constater l'état de la retenue. La prochaine vidange se déroulera en 2006, les habitants de Saint-Cadou et Sizun pourront alors redécouvrir une vallée fantôme où les fermes servent désormais d'abris aux poissons.
Adèle Morlet