Cub : Brest métropole océane
Pour ses trente ans, la Communauté urbaine de Brest rafraîchit son logo et change de nom. Ce dernier confirme la place et les ambitions métropolitaines de la plus grande ville du Finistère.
On na pas tous les jours trente ans. Pour marquer ses trois décennies, la communauté urbaine de Brest organisait une journée spéciale le 6 novembre. Ponctuée déchanges au Quartz, elle sachevait par une soirée au parc de Penfeld à laquelle participaient de nombreux agents de la communauté, actifs comme retraités. Il existe 14 communautés urbaines en France. Elles rassemblent 1 % des communes (355) et 6 millions dhabitants. Cela fait une commune sur cent, mais un Français sur dix ! La communauté urbaine est la formule dintercommunalité la plus aboutie. La loi ne ladmet aujourdhui que pour les agglomérations de 500 000 habitants. Brest était une des pionnières en 1974. Georges Lombard, le fondateur, présent, a évoqué " lexaltation " des premiers temps, mais aussi " la bagarre " qui fut nécessaire pour mettre tous les maires daccord. " Le destin nest pas inscrit dans les astres. Il a fallu une volonté forte, de la foi, de la patience. Pour faire avancer lidée de communauté, les contacts entre les hommes ont été les plus importants. Quand ceux-là veulent quelque chose et souhaitent aller jusquau bout de leur action, aucun obstacle ne leur résiste. Ce qui était vrai hier le reste aujourdhui. "
Sallier pour se développer
" Une communauté urbaine ne se développe quen alliance avec ses communautés voisines ou dautres métropoles ", a affirmé de son côté Olivier Landel, délégué de lassociation des communautés urbaines de France. Et Pierre Maille, ex-président, en est convaincu depuis longtemps. Lun des mots clés de son intervention a dailleurs été " alliance ". " Par rapport à dautres intercommunalités, la Cub a la chance de ne pas être un cartel de villes défendant leur propre intérêt, mais une véritable institution dagglomération au service de la pointe occidentale de Bretagne. Son rôle de métropole est justifié par le poids démographique, la volonté de ceux qui y vivent, et sa position. À 250 km de Rennes et de Nantes, elle a naturellement un rôle à jouer. "
" Cette alliance est nécessaire pour renforcer lattractivité, et mettre en réseau tout ce qui peut lêtre encore. Elle est mise en uvre aussi avec des villes étrangères, comme au sein du pays de Brest. " En 1995, la création de lassociation des présidents de communautés de communes encourageait " le dépassement du clivage traditionnel ville campagne "
Vers dautres évolutions
Lactuel président, François Cuillandre, salue le fait que la Cub ait su, au fil de ces trente ans, " conserver sa conviction : le service public, quelle que fut sa couleur politique. " Il entend poursuivre la tâche engagée par ces prédécesseurs. Alors quil exerce son mandat, des nouveaux champs émergent ou se consolident dans les compétences des communautés urbaines ; ainsi, dans les domaines du sport et de la culture. Selon lui, cest logiquement à léchelle de lagglomération quil convient denvisager le projet dun nouveau stade de foot, justement à lordre du jour. Et pourquoi ne pas envisager à terme un réseau de bibliothèques ou décoles de musique communautaires ? " Certaines compétences méritent dévoluer encore. Ceci dit, nous avons déjà transféré beaucoup de compétences. Aujourdhui, il faut digérer. Tout en restant soucieux parallèlement de coordonner les actions à lintérieur du Pays de Brest, par le biais du Scot ", le schéma de cohérence territorial, qui épouse les mêmes frontières.
Monique Férec
Pierre Mauroy
" Pas assez de métropoles en France "
Pierre Mauroy, ancien premier ministre et président de lassociation des communautés urbaines de France, convié à cette journée, a salué " le nom évocateur de Brest métropole océane " et sest fait un défenseur toujours audacieux de lintercommunalité. Il sait de quoi il parle, lui qui fut durant trente ans maire et président de la communauté urbaine de Lille. Quand il est arrivé aux commandes de cette agglomération, le Pas-de-Calais était dans " une situation terrible " : il fallait fermer les hauts fourneaux, entre autres. Dans ce contexte, " il revenait à la communauté urbaine douvrir des voies de développement ". Pour lancien premier ministre, les communautés urbaines sont des " développeurs ", dans le cadre dune décentralisation qui mettait fin, dès les années 80 à un système de tutelle qui datait des rois ! Même si cela ne suffit pas, " elles restent un merveilleux réseau pour relancer léconomie. La France doit jouer le développement des villes. "
Et Pierre Mauroy veut aller plus loin : " Il est grand temps de les reconnaître comme des collectivités de plein exercice en leur appliquant enfin le suffrage universel direct. " Il invite létat à " respecter les collectivités. Ce sont elles qui apportent le plus dinvestissement au pays. " Il regrette le nombre trop faible de métropoles en France. " Il y en a seulement trois qui dépassent le million dhabitants : Lyon, Lille et Marseille. Cest trop peu, il devrait y en avoir 7, 8. Nous sommes dans une Europe des métropoles : regardez lEspagne, la Belgique ou les Pays-Bas. " Lancien ministre insiste : " La France reste un vieux pays terrien. Il y a en France 36 000 communes, dont certaines nont même pas les ressources nécessaires pour goudronner la route qui conduit à leur cimetière ! On na pas voulu toucher aux communes, qui sont le territoire sacré des paroisses. Cest dommage. " Mais il faut faire avec. " En établissant des liens entre les intercommunalités et elles. Avec le département aussi, qui a sa place. "
Pierre Mauroy plaide enfin pour " une fonction publique unique ". Aujourdhui, la filière fonction publique détat reste différente de la territoriale.
Flash-back
1973. Création par décret de la Communauté urbaine de Brest. Compétences : urbanisme, transports urbains, eau, assainissement, ordures ménagères, voirie, espaces verts
1989. Le maire de Brest devient président de la Cub.
1993. La Cub devient compétente en matière de développement économique du territoire, et entame un dialogue avec les communautés de communes voisines.
1996-2001. Mise en commun des ressources humaines, archives ; régie bâtiment
2000. Taxe professionnelle unique. Nouveaux transferts à la Cub de services ou équipements dintérêt communautaire : le Quartz, la patinoire, le parc de Penfeld, la Recouvrance, le centre médico-sportif, la future salle des musiques actuelles, les piscines, les musées conventionnés avec létat, lécole nationale de musique et le Simurel, les centres nautiques, les offices de tourisme, la maîtrise duvre du Contrat de ville, les maisons de lemploi, la mission locale
Les parcs de stationnement, la lutte contre la pollution de lair, la gestion des espaces naturels sensibles entrent dans le giron Cub.
2001. Pilotage commun Ville-Cub au niveau de la Direction générale.
Les communes transfèrent par ailleurs à la Cub la compétence en matière despaces verts (en cours).
2003. La réflexion sur les services communs sétend aux autres communes de la Cub, notamment sur les questions de formation et de sécurité des équipements accueillant du public.
Les contrats de pays et dagglomération sont signés.
2004. Dautres services fusionnent : patrimoine/logistique, administration, services intérieurs.
Regards croisés
Lors dune table ronde, plusieurs personnalités ont confronté leur vision du territoire. Regards croisés, extraits.
Jean-Jacques Raub, chef dentreprise. " Le dénigrement de la ville est derrière nous. On parle de Brest à lextérieur, cela na pas toujours été le cas. " Sa devise : " toujours debout, efforts et droiture ".
Charles Kermarrec, patron de Dialogues. " Pour ma part, je nai jamais vu de frontière entre Brest et son arrière-pays. Cest une ville ouverte. Ici, les apparences ne comptent pas. Cest que lessentiel est ailleurs. Le climat ? il est très bien ! Son souhait : un TGV plus rapide, et un musée digne de ce nom. " Sa devise : " commencer, continuer, finir ".
Nathalie le Bozec, ingénieur directrice adjointe de lInstitut suédois de la corrosion. À 33 ans, cette Morbihannaise a adopté Brest il y a dix ans. Cest une adepte de musique et de danse bretonne. Son souhait : " des pistes cyclables, des transports urbains plus aisés ".
Gilbert Bellec, directeur de la communication de DCN. " On ne pourra pas revivre le Brest davant. Il faut se projeter dans lavenir. " Une devise : " Les Brestois sont les marins de la terre ".
Edmond Monange, historien. " Ce qui caractérise Brest, cest louverture vers dautres horizons. Elle est incarnée par la communauté urbaine. Il y a une fierté à être brestois. Un renversement des mentalités sest produit. Mon souhait ? Un port scientifique ". Une devise : " Brest debout ".
Annick Cléach, première vice-présidente de Brest métropole océane est satisfaite de cette nouvelle appellation. " Le nom Cub avait une connotation un rien technocratique
Une communauté urbaine est une force dentraînement sur un territoire. Entre ses compétences obligatoires et facultatives, Brest a celle qui a fait le plus de chemin. "
30 ans, cinq présidents
1974 : Georges Lombard.
1977 : Jo Gourmelon.
1981 : Francis Le Blé.
1982 : Pierre Maille.
1983 : Georges Lombard.
1989 : Pierre Maille.
2001: François Cuillandre.