Kanabeach
A contre-courant
Cest le signe de ralliement muet de toute une tribu
de jeunes urbains européens. Virevoltant au détour dun tee-shirt à lhumour décalé, dune robe destructurée ou dune combinaison de surf, deux petites lettres suffisent. KB, pour Kanabeach ou la botte secrète dune marque finistérienne et cosmopolite jusquau bout des coutures.
Prendre la bonne vague, y croire, la travailler au corps, et monter avec elle vers les plus hauts sommets. La saga Kanabeach, lune des marques de prêt-à-porter les plus prisées de toute une génération de jeunes urbains européens, pourrait se résumer ainsi. A ceci prêt quen matière de création dentreprise, le rêve éveillé na pas sa place : avant de capturer livresse absolue du succès, la petite entreprise de Plouzané créée par Frédéric Alégoët, a dû affronter tempêtes et vents contraires en pagaille. Une bataille qui dure depuis dix-neuf ans, jamais acquise, mais dont les résultats en laissent plus dun pantois.
15 % de croissance annuelle
À ce jour, la « petite boîte » finistérienne séduit dans lEurope entière, à travers 700 magasins, et affiche sans gloriole un chiffre daffaires en progression moyenne de 15 % par an. Sur les trois dernières années, une cinquantaine demplois ont été créés, et lentreprise entend continuer sur un rythme annuel de 12 à 15 embauches. Une success story improbable il y a encore dix ans, mais dans laquelle le Finistérien qui la initiée semble ne jamais avoir cessé de croire. Têtu Breton et bonne pioche
Décalée à souhait, identifiable et identifiée au premier coup dil, la marque de fabrique des vêtements Kanabeach na plus rien à prouver aux pontes de la mode. Son univers sest imposé, seul, sans bruit, comme son surfeur de créateur la sans doute tant de fois rêvé, en partant à lassaut des vagues finistériennes. « Kanabeach, ce nest pas un concept génial, cest un produit. Quelque chose de très simple en apparence, mais il a fallu une bonne dose de courage pour limposer à une époque où beaucoup sen amusaient », rappelle Jean-Marc Niwinsky, directeur général de la société, à Plouzané.
Le succès nest pas monté à la tête des chevilles ouvrières de Kanabeach. Le siège social de ce qui devenu lun des porte-drapeaux de la mode urbaine est depuis la genèse resté accroché à son rocher, à quelques kilomètres de Brest, à quelques courants dair des spots de surf qui ont inspiré à Frédéric Alégoët les premières notes de son « Chant du voyage » (Kana Beach, en breton), voici vingt ans. « À lépoque, lui et ses deux associés voulaient promouvoir le surf ici, alors quil y était encore très peu pratiqué. Ils ont commencé, dans leur cave, par imaginer des T shirts, sérigraphiés, qui correspondaient à leur état desprit », précise Jean-Marc Niwinsky. Très vite, la chanson se décline sous les couleurs pétaradantes et les motifs psychédéliques de vêtements que les surfeurs bretons sarrachent, avant que leurs homologues basques eux-mêmes ne craquent.
Une dream team la tête sur les épaules
Mais lhistoire de Kanabeach sapparentera plus à la course de fond quau sprint. Et sans doute seul un sportif avait-il assez de souffle pour tenir la distance, face à un univers de paillettes, mais sans le moindre état dâme. Des années durant, les lignes de Kanabeach sen tiendront au réseau de la glisse bretonne et masculine. « Le côté très décalé, très original, plaisait. Mais il a aussi failli nous desservir : beaucoup se contentaient alors de prendre quelques pièces, pour amuser la galerie dans la vitrine ! », reconnaît Jean-Marc Niwinsky.
Le salut viendra par ces dames : en 1994, la marque des surfeurs se lance dans le prêt-à-porter féminin. Le succès est fulgurant, à la mesure de la petite révolution que la marque souffle sur les portants de vêtements. Sans renoncer dune once à ses fondamentaux, oscillant entre loriginalité revendiquée des coupes, lhumour vif des logos et lincontournable clin dil breton, Kanabeach se trace un sillon ravageur à travers les rayons dune mode aseptisée aux uniformes tristes.
Désormais solidement assise, lentreprise nest pourtant pas prête à se reposer sur ses lauriers. Le renom de la marque, qui revendique « le plus grand fan-club de France dans le domaine », repose sur une certaine aptitude à prendre les choses à la légère
Avec le plus grand sérieux. Car si les logos, les slogans dautodérision assumée ou les décors de boutiques loufoques (pour la plupart imaginés et créés à la menuiserie maison de Plouzané) font partie de lidentité historique de la tribu Kanabeach, la jolie histoire de jeunes créatifs auxquels tout réussit se justifie surtout par une philosophie maison qui na rien de lamateurisme. Derrière les pirouettes stylistiques, la fourmilière à idées de Kanabeach garde la tête sur les épaules. Et affirme cultiver lambition à léchelle du raisonnable. Ce qui nempêche pas la dream team des créateurs de multiplier les audaces qui font la force de la marque, « avec une vraie liberté, un esprit qui nous est propre et qui séduit notre clientèle par son authenticité. Mais les choses sont désormais plus cadrées, pour nous permettre de nous développer au mieux », pose Jean-Marc Niwinsky.
Cosmopolitains
Déclinés en collections ciblées suivant les âges, et les typologies de clientèles (urbaine comme à destination des sportifs de la glisse), les deux collections annuelles de la marque trouvent un écho toujours un peu plus large. Aussi bien dailleurs en termes de géographie (des points de vente pourraient apparaître en Suède, ainsi quà Londres à moyen terme, puis aux Etats-Unis), que de générations. Car si les ados et jeunes adultes demeurent le cur de cible, la porte souvre aussi de plus en plus à leurs aînés : « Nous comptons deux jeunes fidèles de 70 ans, pour notre boutique de Rennes »
Mais à gravir les marches du succès quatre par quatre, les sympathiques bretons ne risquent-ils pas, comme tant dautres, dêtre victimes de livresse du pouvoir ? Lhypothèse parvient à provoquer un frisson dans le dos du très posé directeur général : « Ici, on ne dépense pas plus que ce que lon gagne. Notre développement vient répondre à la demande dune clientèle séduite par lauthenticité et loriginalité de nos produits, par le sérieux que lon nous reconnaît désormais. Nous sommes ambitieux, mais pas à tout prix », martèle-t-il. Quon se le dise : à Paris, Londres et pourquoi pas un jour New York, le Chant du Voyage a encore quelques jolis couplets à écrire.
Élisabeth Jard
De Plouzané à Bidart
Basé à Plouzané, le siège social de lentreprise emploie une cinquantaine de personnes. Le vaste bâtiment de 6 000 m2 constitue la plaque tournante des deux collections annuelles, et aura vu lan dernier passer quelque 730 000 pièces à destination des boutiques de France et dEurope. Cest également ici que nombre de pièces sont sérigraphiées. Pour les incontournables de la marque, mais également pour de nombreuses entreprises (400 clients extérieurs), qui font appel au savoir-faire de Kanabeach en la matière. Les services administratifs, ainsi que les commerciaux et le service de contrôle qualité des modèles complètent les troupes. Cest enfin ici que sera, à terme, ouvert le musée Kanabeach : Frédéric Alégoët a en effet conservé un exemplaire de chacun des modèles créés depuis le début, et entend les faire revivre ici, « histoire de rappeler le développement stylistique de la marque ».
Lentreprise a en revanche choisi lexpatriation pour ses créateurs, une équipe cosmopolite de six stylistes, qui sinspirent pour leurs créations de lair de la Mecque du surf : Bidart.
Une marque qui chiffre
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SAS au capital de 352 000 euros.
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Chiffre daffaires 2005 : 16,5 millions deuros. Objectif 2006 : 20 millions.
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Activité à linternational : 10 %.
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Production 2005 : 730 000 pièces (sans compter la production livrée directement au Canada depuis lAsie).
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Points de vente en France : 700.
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Points de vente à létranger : 200.
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Nombre de salariés : 90.
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Moyenne dâge dans lentreprise : 30 ans.