 |
 |
 |
> |
 |
 |
 |
> |
 |
 |
 |
> |
 |
 |
 |
> |
 |
 |
 |
> |
 |
 |
 |
> |
 |
 |
 |
> |
 |
 |
 |
> |
 |
 |
 |
> |
 |
 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
> |
 |
 |
 |
> |
 |
 |
 |
> |
 |
 |
 |
> |
 |
 |
 |
> |
 |
 |
|
 |
|
 |
|
Dernière mise à jour:
02/12/2009 |
 |
>
>
> Ile de Sein
|
 |
 |
|
|
 |
 |
Sein, poussière d'étoile A Sein, la rose des vents a la tête qui tourne. Chaque mur a son baromètre. Flanqué, cest selon, dune statue de la sainte vierge. Lîlien vit avec son temps. Le beau, que lon vient chercher pour la journée. Le mauvais aussi parfois.
Petit carnet de voyage.
La tempête essore son linge au-dessus des têtes. Décembre 2003. Départ de Sainte-Evette, 9 heures. Dans le grand salon du bateau, un cercueil en chêne. Assise à côté, une heure avant lenterrement qui videra les maisons de lîle à la fin de la matinée, la famille répète léloge funèbre de Marie, 83 ans, qui revient au pays pour toujours, après un purgatoire dans une résidence pour personnes âgées dans le Cap-Sizun. On se laisse dire que locéan a toujours dansé dans les yeux de cette dame au grand cur qui aimait le grand air. Quelle aimait " ramasser le goémon et faire sécher son linge au vent ". Marie aura le droit aux chants bretons dans léglise.
Sein vit avec la mer des amours terribles. Entre lîle et la houle, les liaisons sont dangereuses. Le combat est encore égal. Jusquau jour où. La question de la solidité des digues ne cesse de hanter : le château nest pas de sable, mais le visiteur, qui prélèverait un galet en guise de souvenir, est prévenu par une affiche : " nemportez pas nos cailloux, ce sont nos défenses ". Faites le calcul : 120 000 visiteurs, 120 000 cailloux, à ce rythme, on met lîle à nu. Pire. Voudriez-vous quon parle bientôt de Sein comme de la belle engloutie ? Cette poussière détoile (on y a trouvé des météorites) a une peur bleue de locéan. Dun coup de balai distrait, un jour, celui-ci pourrait bien lenvoyer se promener. En 1987, lors de louragan, le coefficient nétait que de 25. Imaginez ce vent en pleine tempête déquinoxe cogner sur le roc, sous les quais, cracher. Ecumer jusque sur les toits.
A Sein, les absents sont moins absents quailleurs. Dabord, on devine entre les rochers lombre des vestales. Sein fut dabord gauloise. Car il y eut Sena, cette divinité qui avait le pouvoir de déchaîner vagues et vents. Sa toison dor était celle des algues. Lenchanteur Merlin y serait né, lui, lauxiliaire dArthur, chevalier de la Table ronde. Les Causeurs (les deux menhirs) pétrifiés de la place de léglise en parlent encore. Et noubliez pas les Romains. Cest ici que César aurait été mis en échec. Par " une poignée de diables de la mer ". Le sauvetage des vies nourrit dautres histoires. Sein, toujours prête à veiller au grain.
La tactique de la tortue romaine La résille des ruelles fait barrage au vent. " Cest à cela quelles servent, à nous abriter ", dit une îlienne, qui vous guide dune rue à lautre comme si elle vous faisait les honneurs de sa maison. Pour un peu, vous mettriez les patins. Et, bien sûr, vous éviterez dattarder vos regards aux fenêtres. Courtois, vous serez comme on le sera ici avec vous. A Sein, on ne se laisse pas facilement décoiffer. Le vent hurle ? On na pas peur de la tempête. Lîle ferme les écoutilles. Avec ses maisons serrées comme des pilchards dans la boîte, elle fait bloc. Au sens propre et figuré. Ici, on appelle cela " la tactique de la tortue romaine " dit Yves le Roy, maire de Sein depuis trois décennies. On sabrite, sauf sil y a des vies en jeu. Un équipage à sauver, une patrie en danger ? Même combat. Appel du général ou du simple marin, les gaillards sont sur le pont. Monique Férec
|
 |
 |
 |
|
 |
 |
|
Sein, fiche didentité
246 habitants, 120 000 touristes à lannée. Deux hôtels, six restaurants. Un médecin, un centre médico-social, une usine de production deau de mer, une église, une mairie, un cimetière, deux ports (cest selon le vent), deux épiceries, pas de gendarmes ni de curé à lannée, pas de maison de retraite, quatre pompiers volontaires (à déplorer récemment : une évacuation sanitaire, un feu de broussailles), un gardien de phare, une chapelle, une ancienne écloserie, une école et un collège à classes uniques, une chorale, six bateaux par jour en été, un aller et retour en hiver, cinq kilomètres de digues et de quais (en perpétuel chantier), deux pêcheurs, contre 200 il y a 25 ans.
" Nous sommes simplement les îliens "
Yves Le roy, maire
" On sait à des détails que le temps va changer : au bruit de la mer, par exemple. On est toujours occupés avec le temps. Les anciens nont fait que cela : regarder la mer avant de monter sur leur bateau ", explique Yves Le roy, maire de lîle. Plus loin, le maire rappellera le manque chronique despace. " Lespace nous est compté. Il ny a pas de terrain, les maisons sont chères ou ne se louent que lété. Les jeunes ont du mal à se loger "
Questions : Que faire pour sintégrer ? Il faut travailler beaucoup et avoir des idées. Un artisan par exemple doit être polyvalent.
Quelles sont les qualités de lîlien ? La courtoisie tout dabord. Cest la promiscuité qui veut cela. Même si on croise quelquun quon naime pas, on le salue. On nattend pas forcément de réponse, mais on dit bonjour. La générosité est une deuxième qualité. Les gens savent donner de leur temps, se mobiliser pour les autres. " Sein, une communauté. Une île. Lîle. Dailleurs, " pour parler des habitants de Groix, on dit les Groisillons. Pour parler de ceux de Molène, les Molénais, ou ceux dOuessant, les Ouessantins
Pour nous désigner, on dit simplement les îliens. "
" Le collège, cest vital "
Anaïck, professeur polyvalent
Le collège compte huit élèves. Soit une tête de plus que lannée passée. Trois professeurs aussi. " Cela me plaît dêtre ici, sinon je ne serai pas restée. Les gens sont très accueillants, les parents toujours prêts à épauler. Et la vie associative est dynamique. Si le collège ferme, des familles sen iront. Elles ne laisseront pas leurs enfants partir seuls sur le continent. Cest vital ", dit Anaïk Even, professeur dhistoire, de géographie et de français, qui a fait sa sixième rentrée sur Sein. " Nous sommes très près des enfants ici. Ils sont très stimulés ! " Ils ne peuvent se cacher près du radiateur. " Certains regrettent en contrepartie de ne pas avoir assez damis."
" Moins isolés que sur le continent "
Didier, peintre et pompier
Didier Marie le Bihan est artiste peintre. Il peint selon la technique du clair-obscur cher aux anciens. Îlien depuis deux ans et demi, ce natif de Douarnenez est aussi pompier bénévole. Il y en a quatre en tout sur Sein : Alain, Régis, Claudie. Et Didier. Cet artiste, ascendant " anar plus que militaire ", sest " enrôlé " par solidarité. " On est venu me chercher, Je me suis senti concerné. Quand on fait quelque chose ici, cest pour le bien de la communauté. " Cest vrai quand il y a le feu. Vrai aussi quand il sagit dorganiser des fêtes. " Sans être vieux jeu, je trouve quil y a ici des valeurs perdues ailleurs. Etre pompier bénévole, cétait aussi pour moi une manière de mintégrer. "
A Sein, " nous ne sommes pas coupés du monde. Nous sommes même moins isolés quailleurs. Sur le continent, il y a, cest vrai, le cinéma ou les restaurants. Mais franchement, qui y va ? Sur lîle, chacun trouve ce quil veut bien trouver. On ny vient pas pour régler des problèmes personnels. Quand cest le cas, la greffe ne prend pas. On sintègre bien si on est bien. "
Le Mouez Enez Sun, le journal du bord
Lîle de Sein a son journal : le Mouez Enez Sun. Plus de soixante numéros. Douze par an. Le directeur de la publication sappelle Pierre Portais, un ancien journaliste de RBO devenu restaurateur sur lîle. " Notre journal compte 650 abonnés (vente quasi exclusive sur abonnement). Il est distribué dans 66 départements français, et pour un tiers, à létranger : Japon, Brésil, Europe (neuf pays). La diaspora sénanne est grande. Nous avons même six abonnés suisses. Et les lecteurs qui nont jamais mis les pieds sur lîle ne sont pas rares. " Les bénéfices tirés de la vente servent à financer des animations sur lîle, et dautres associations. Contact : 02 98 70 93 75.
|
 |
 |
 |
|
 |
|