Bruno Fabien
La passion des deuches
Il roule à bord dune Dyane, passe ses temps libres à réparer ses deuches, dévore les magazines sur les 2CV... Bref, Bruno Fabien vit sa passion à 100 %.
Sur le réfrigérateur, deux dessins multicolores de 2CV ont été accrochés. Tous les détails ou presque y sont. « Ils ont été réalisés par mes filles, Élody et Mélissandre. Elles commencent à être aussi passionnées que moi. Le matin, si je ne les emmène pas à lécole en 2CV, elles râlent toute la journée », samuse Bruno Fabien, le président du Club des deuches du bout du monde. Dans la maison, la 2CV est omniprésente : photographies en noir et blanc et en couleurs, magazines, livres historiques, romans, ouvrages techniques, DVD, miniatures
Un puzzle à son effigie est même épinglé au mur du salon. Dehors, les 2CV envahissent aussi le petit jardin et le garage attenant. Pas de doute, Bruno Fabien est un fan, un vrai. « Mes grands-parents ont toujours eu des 2CV, des Dyane et des Ami. Mes parents aussi. Mon oncle travaillait chez Citroën. Ces voitures faisaient donc partie de mon quotidien comme de celui de beaucoup dautres enfants de lépoque », explique-t-il.
Lâge dor de la 2CV date en effet des années 60 et 70. « Ses débuts ont, en revanche, été assez difficiles, commente Bruno Fabien. En fait, le premier modèle a été créé juste avant la Seconde Guerre mondiale. » À lépoque, les frères Michelin qui avaient racheté Citroën voulaient construire une voiture bon marché pour les paysans et les classes sociales à faible revenu. Le cahier des charges stipulait quelle devait transporter quatre personnes et 50 kg de pommes de terre à 60 km/h en ne consommant que 3 litres aux 100 km ! Elle devait aussi avoir une excellente suspension afin de pouvoir « traverser un champ labouré avec un panier dufs sans en casser un seul ». Lorsque la guerre éclate, les premiers modèles assemblés sont tous démontés sauf quatre
qui sont cachés dans les greniers dun centre dessai de la Ferté-Vidame et dans les sous-sols du bureau détudes de Citroën à Paris.
La grande vadrouille
Les nazis, qui étaient au courant de létude de cette « très petite voiture », demandent à Pierre Boulanger de leur mettre à disposition les plans en échange de la divulgation des plans dHitler concernant la future Volkswagen. Le patron de Citroën refuse. Au lendemain de la guerre, la production de la 2CV type A est lancée. La demande est si importante que les premiers clients doivent attendre trois à cinq ans la livraison de leur voiture. La carrière du « vilain petit canard » commence. Elle sachèvera en 1988 en France et 1990 au Portugal. Près de 7 millions de 2CV ont été vendues à travers la planète. « Tout le monde ou presque la adoptée : les curés, les paysans, les ouvriers, les médecins, les jeunes, les vieux
Elle plaisait car elle était économique (5 litres au 100), pas chère et surtout elle passait partout », souligne Bruno Fabien. La Poste, EDF
ont aussi roulé à bord de celle qui fut longtemps comparée à une boîte de sardine.
« La 2CV est une véritable star : on la voit dans Le corniaud, Les gendarmes de Saint-Tropez, La grande vadrouille. James Bond la conduit aussi dans Rien que pour vos yeux avec Carole Bouquet », énumère Bruno Fabien en feuilletant un livre dhistoire consacrée à la vénérable « titine ». Les pages suivantes évoquent les aventures de la 2CV, et en particulier le tour du monde entrepris par Jean-Claude Baudot et Jacques Séguéla. Les deux hommes ont effectué entre le 9 octobre 1958 et le 12 novembre 59 plus de 100 000 km et 2 247 heures au volant. Beaucoup dautres ont tenté laventure par la suite. « Je rêverais aussi de traverser un continent à bord dune 2CV avec ma petite famille. Ce doit être un voyage extraordinaire car cest vraiment un véhicule hors du temps, hors du commun. Il permet de belles rencontres. Ce nest pas exagéré de dire que la 2CV est un art de vivre », estime le Crozonnais.
Tour du Finistère
En attendant, il sillonne le Finistère à bord de ses diverses Citroën. Pour le moment, il possède une 2 CV de 1955, une 2CV Azam de 1964 (lannée de sa naissance), une Ami 8 de 1969, une Dyane de 1978 « et quelques épaves qui me permettent de retaper celles qui roulent ». Dici quelques semaines, il espère bien compléter sa collection avec une 2CV fourgonnette. « Je négocie en ce moment. Cela devient de plus en plus difficile dacheter des 2CV à des prix raisonnables. Certains propriétaires spéculent, veulent 6 ou 8 000 euros pour leur voiture alors que la cote officielle lestime à 2 000 euros. » Plus tard, il espère acquérir un HY, ce fourgon aux allures de bulldozer. Si dautres occasions se présentent, il saura les saisir. « Je ne suis pas le plus fêlé. Un des adhérents du club en a 16 ! », samuse-t-il.
Ils sont une petite trentaine à partager cette passion au sein du Club des deuches du bout du monde, créé en septembre 2004. Les 2e dimanches de chaque mois, ils se rassemblent avec femmes et enfants pour des virées de 300 km à travers le Finistère. Les deux autres clubs du département, Plougourvest et Quimper, sont souvent du voyage. « Ca ressemble un peu à la caravane du Tour de France et croyez-moi, on a presque autant de succès. La 2CV a un énorme capital de sympathie. Les papys viennent à notre rencontre pour nous parler de leur Dyane, les gamins nous applaudissent
» Ses deux filles et sa femme, qui est par ailleurs trésorière du club, répondent toujours présentes. Elles participent aussi aux rencontres nationales des 2CV, « plus de 2 000 voitures réunies, 200 clubs, des bourses déchanges, des expositions
Cest toujours génial. Cette année, cest à Salbris, en Sologne », indique-t-il avec enthousiasme.
Lan prochain, les clubs de Crozon et Plougourvest envisagent dorganiser le Tour du Finistère des deuches. « Ca existe bien pour les vélos, les bateaux
Pourquoi pas nous ? » Les Crozonnais espèrent aussi disposer dun local en propre. Pour linstant, ils se retrouvent dans un hangar prêté gracieusement à Argol. Là-bas, ils mettent régulièrement les mains dans le cambouis pour changer une aile, un embrayage, un moteur
ou tout à la fois. « Si on a des moyens limités, on est obligés de se mettre au bricolage. » Cela ne pose pas de problèmes à Bruno Fabien qui a une formation de mécanique-entretien des machines outils. Il a commencé sa carrière dans une entreprise de ventilation-climatisation avant de devenir soudeur sur machines agricoles puis chauffeur dans une société de messagerie. Aujourdhui, il travaille en tant quintérimaire dans le secteur de la ventilation, tuyauterie. « Comme cela, je dispose de mon temps comme je lentends. Le temps, cest précieux. » Surtout lorsquon a une passion aussi envahissante.
Adèle Morlet